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Je ne peux pas nier que la portion de la Torah « Ki Teitzei » est difficile à lire pour une féministe juive fière de l’être. La paracha de cette semaine passe en revue les lois relatives à la capture de femmes en temps de guerre afin qu’elles deviennent des épouses, avec ou sans leur consentement. De plus, elle soulève des questions et formule des déclarations sans détours sur la superficialité des désirs masculins. « Ki Teitzei » sert de base claire pour définir la féminité et la masculinité dans le judaïsme sans pour autant glorifier à outrance ces deux aspects de la condition humaine. Il est facile de tirer des conclusions, mais il est important d’examiner en profondeur les sujets qui mènent à des conclusions immédiates, comme ce verset : « Lorsque tu iras à la guerre contre tes ennemis, et que ton Dieu les livrera entre tes mains et que tu en feras des captifs, et que tu verras parmi les captives une belle femme et que tu la désireras et voudras la prendre [dans ta maison] pour épouse, tu la feras entrer dans ta maison, et elle se coupera les cheveux, se taillera les ongles et se débarrassera de ses vêtements de captive. Elle passera un mois dans ta maison à pleurer son père et sa mère ; après quoi, tu pourras aller vers elle et ainsi devenir son mari, et elle sera ta femme » (Deutéronome 21:10-13).

À première vue, on pourrait croire que cette paracha tolère – voire encourage – une misogynie flagrante et des abus sexuels. Cependant, la situation est loin d’être aussi simple, et il faut également garder à l’esprit le contexte historique dans lequel ce texte a été rédigé. Il a été écrit à une époque où la guerre n’était soumise à aucune règle ni à aucune morale. Les hommes pouvaient s’approprier autant de femmes qu’ils le souhaitaient, sans aucune restriction. Cette loi qui nous a été transmise lutte contre la culture libertine de l’époque. 

Cette loi est peut-être en réalité la plus importante en matière de dignité féminine, et même une excellente métaphore des relations humaines. La Torah reconnaît que les hommes ont un tempérament belliqueux et des désirs. Cependant, elle enjoint à l’homme de patienter. Il n’a pas le droit de prendre pour épouse une femme capturée sous prétexte qu’elle est belle ; celle-ci doit se raser les cheveux et se laisser pousser les ongles, ce qui, à l’époque, allait totalement à l’encontre des normes de beauté conventionnelles. Ce n’est qu’après avoir vu cette femme dans son état le plus misérable que l’homme peut la prendre pour épouse, et s’il n’est plus attiré par elle, il n’est pas tenu de l’épouser. J’apprécie particulièrement cet enseignement pour deux raisons :

  1. Elle établit un équilibre entre la masculinité et la féminité. En temps de guerre, de nombreuses règles éthiques et morales naturelles, comme le fait de ne pas violer les gens, sont ignorées. Cette loi ne nie pas ce fait. Cependant, elle impose à l'homme de faire connaissance avec la femme avant de la prendre pour épouse. Cela permet aux deux de nouer un lien affectif, élimine l'aspect de la luxure immédiate et donne à l'homme le temps de ne pas regretter ses actes. Cela donne également à la femme le temps de communiquer avec l'homme et de lui dire si elle ne souhaite pas devenir son épouse. 
  2. C'est une excellente métaphore des relations en général. La femme doit se couper les cheveux, se laisser pousser les ongles et passer du temps à faire le deuil de sa famille avant que l'homme ne soit autorisé à l'épouser. Si l'homme n'est plus attiré par la femme, il peut partir sans aucune contrainte. En gros, cela signifie qu'il faut connaître quelqu'un dans ses moments les plus difficiles avant de pouvoir passer sa vie avec lui. 

On peut facilement se laisser distraire par l’éclat de la nouveauté, qu’il s’agisse d’une amitié ou d’une relation amoureuse. La paracha Ki Teitzei nous enseigne à ne pas nous laisser aveugler par la joie de la nouveauté. Il faut traverser les bons et les mauvais moments avec l’autre avant de connaître véritablement la profondeur de notre relation. La paracha de cette semaine ne glorifie pas les aspects les plus sombres de la vie ; elle nous enseigne cependant qu’il existe un moyen de surmonter les moments difficiles et d’en sortir vainqueur. Ki Teitzei nous enseigne que les bonnes choses valent la peine d’être attendues et qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture. 

 

Shabbat Shalom, 

Heather Kletzky

Mazkirah, région des Rocheuses

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