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Dans la paracha de cette semaine, Ya’akov est tourmenté à l’idée de retrouver son frère Ésaü, dont il est séparé depuis de nombreuses années. Il envoie des messagers en avant-garde, qui lui rapportent que son frère approche avec 400 soldats. Pour apaiser Ésaü, Ya’akov renvoie des serviteurs avec des troupeaux de bétail en guise de cadeaux. La nuit précédant sa rencontre avec Ésaü, Ya’akov se bat avec un ange, qui lui déboîte la hanche. Il demande alors à l’ange de valider la bénédiction qu’il a reçue. C’est là l’origine du conflit entre les deux frères… Ésaü, étant l’aîné, détenait le droit d’aînesse, mais il l’avait cédé à Ya’akov afin de recevoir la bénédiction de leur père. Quand Ésaü vit son frère la recevoir à sa place, il se mit en colère contre Ya’akov. Ya’akov demande le consentement de l’ange, essentiellement pour alléger le poids de sa culpabilité. L’ange refuse d’accéder à sa demande, disant à Ya’akov d’être patient, et que D.ieu changera son nom en temps voulu, lorsqu’il arrivera à un endroit appelé Beit El.

Petite parenthèse pour expliquer la symbolique de ce changement de nom… Le nom Ya’akov vient du mot hébreu Akavah, qui signifie « ruse » et « tromperie ». L’ange promet à Ya’akov qu’il sera rebaptisé Yisra’el, un nom qui désigne un chef. Ce changement de nom symbolise donc le pardon de ses péchés… pour avoir trompé son père afin qu’il lui accorde sa bénédiction… ainsi que sa transformation en une figure sacrée, un chef et un patriarche du peuple juif.

Malgré la promesse de l’ange, Jacob insiste toutefois, et l’ange finit par céder, consentant à lui accorder la bénédiction avant l’heure. La rencontre de la nuit dernière derrière lui, Jacob retrouve Ésaü, qui lui pardonne presque immédiatement. Ésaü se montre d’ailleurs si indulgent qu’il refuse d’abord les cadeaux de Jacob, bien que ce dernier insiste plus tard pour qu’Ésaü les accepte. Ésaü se met ensuite en route vers le mont Séir, où Ya’akov se dirige lui aussi, bien que beaucoup plus lentement puisqu’il voyage avec de jeunes animaux.

De nombreux mois s’écoulent avant que Ya’akov ne se retrouve finalement à Beit-El. C’est là que D.ieu tient la promesse faite par l’ange et change le nom de Ya’akov en Yisra’el (Israël). Mais c’est là qu’il se passe quelque chose d’intéressant. Tout au long du reste du texte, Ya’akov continue d’être appelé Ya’akov. Ses deux noms sont utilisés de manière interchangeable, dans le reste de cette paracha et dans la suivante. Comparons cela au moment où le nom d’Avram est devenu Avraham. Il est appelé exclusivement Avraham dès l’instant où D.ieu décrète que c’est son nouveau nom. Pourquoi Ya’akov ne bénéficie-t-il pas du même traitement ? Compte tenu de la symbolique du nom, cela implique que Ya’akov n’a jamais été complètement racheté. Il y a encore des moments où la Torah juge bon de le qualifier de rusé ou de fourbe. Et pourtant, il a été béni par l’ange et pardonné par Ésaü. Alors pourquoi en est-il ainsi ?

L’ange avec lequel Ya’akov avait lutté avait d’abord refusé de consentir à la bénédiction d’Yitzchak. L’ange lui avait dit de faire preuve de patience et que D.ieu lui pardonnerait en temps voulu. Et pourtant, Ya’akov persiste avec encore plus de détermination. La leçon à en tirer est que le pardon est un processus lent. Il prend du temps et nécessite une attention particulière, comme l’ange a tenté de le faire comprendre à Ya’akov. « Tu seras pardonné », semble dire l’ange, « en temps voulu ». Et si Ya’akov avait accepté cette réponse, peut-être que son changement de nom aurait été aussi définitif que celui d’Avraham. Mais il ne le fait pas. Plutôt que d’attendre que D.ieu approuve la bénédiction du premier-né, il oblige l’ange à le faire ici et maintenant. Il essaie de trouver la solution la plus rapide. Le chemin le plus facile vers l’absolution. En substance, il a essayé de prendre un raccourci.

Et je crois que c’est pour cette raison que Ya’akov n’a jamais été véritablement pardonné. Il est encore, de temps à autre, considéré comme un fourbe en raison de sa tentative de contourner le processus légitime du pardon. Dans nos vies, nous devons faire preuve de la même prudence. Le chemin vers le pardon est long, mais au bout du compte, vous pourrez réclamer votre récompense. Cette paracha est un récit édifiant qui met en garde contre toute tentative de contourner ce processus, car cela finirait par signifier que votre pardon n’a aucune valeur.

Le message qu'il nous est souvent difficile d'accepter est tout simplement que… s'excuser, s'excuser sincèrement, c'est difficile et cela prend du temps.

Et pour cela, je ne peux que dire… que j’en suis désolé.

Shabbat Shalom,

Edward Lewis, BBYO

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